Pauvres parmi les riches

Il aura fallu que Paris s’en mêle pour que les Gessiens en prennent conscience. Il y a dans le pays de Gex des pauvres parmi les riches. Et plus qu’on ne pense !

Le gouvernement vient de publier la liste des quelque 1300 quartiers pauvres de France. Stupéfaction : deux communes gessiennes sont inscrites au palmarès, Ferney et Saint-Genis. Plus exactement, ce sont deux quartiers qui sont ainsi identifiés, même si la carte officielle ne dit pas leur nom.

La méthode de calcul est simple. Le gouvernement a découpé la France en carrés numériques de 200m sur 200m et, dans chacun de ces carrés, il a recherché ceux dans lesquels le revenu moyen de 60% de la population est inférieur à 60% du revenu national médian, 11.000 euros par an.

Il y a donc, dans le Pays de Gex, un nombre significatif d’habitants ne disposant pas même de 6.600 € par an, soit 550 € par an. Comment peut-on vivre dans la Pays de Gex avec une somme aussi dérisoire ? On ne vit pas, tout simplement !

Mais alors, direz-vous, pourquoi ne la voit-on pas, cette misère ?

Sans doute parce que la pauvreté s’accompagne souvent d’une grande dignité et qu’il ne viendrait pas à l’idée d’un Gessien pauvre d’aller tendre la sébile devant la Poste ou la boulangerie. Depuis toujours, le malheur est supporté dans l’ombre et en silence.

Peut-être aussi parce que les statistiques sont parfois trompeuses. Vivre seul, à Ferney ou Saint-Genis, avec 550 € par mois, c’est tout simplement impossible. Mais en famille, éventuellement nombreuse ? La statistique prend en compte le revenu moyen par habitant, ce qui veut dire qu’une famille de six personnes doit tourner avec moins de 3.300 € par mois, tous revenus confondus. Un équilibre difficile, certes, mais pas totalement impossible. Surtout si le loyer est nettement inférieur aux prix du marché. Bref, si la famille dispose d’un logement social.

Les quartiers gessiens identifiés par le gouvernement regroupent justement bon nombre de HLM et autres logements aidés. Une façon efficace d’atténuer les effets de la pauvreté. La preuve que, surtout dans les régions majoritairement riches et donc chères, ces logements sont un des moyens – peut-être le plus efficace – pour réduire un peu le fossé entre riches et pauvres.

Dans les communes de plus de 3.500 habitants, la récente loi SRU a porté le taux obligatoire de logements sociaux de 20 à 25% . Ce pourcentage est exigé pour la construction de tout nouvel ensemble immobilier – et c’est bien – mais ne touche évidemment pas les quartiers déjà existants. Malheureusement, il participe encore à creuser le fossé entre loyers sociaux et loyers libres puisqu’un promoteur, pour réaliser avec le même budget un ensemble comportant davantage de logements sociaux, va devoir se rattraper sur le prix des autres logements.

Au 1er janvier 2011, la France comptait 4,5 millions de logements locatifs sociaux soit 69  logements sociaux pour 1.000 habitants. Honorable mais peut mieux faire : le taux était de 147 pour les Pays-Bas et de 102 pour l’Autriche et les Danemark. Bien mieux tout de même que l’Italie (18) ou l’Espagne (3).

Ces chiffres confirment la tendance gessienne : c’est dans les régions riches qu’il y a le plus de logements sociaux et, de facto, le plus de poches de pauvreté relative.

En France, la publication de ces 1.300 quartiers pauvres est certainement utile mais attention aux statistiques ! Les « petits carrés » recensés par le gouvernement identifient des lieux où la proportion de logements sociaux est élevée. Or, la tendance n’est plus aujourd’hui à la construction de quartiers sociaux entiers  (de type « Les Tattes » à Ferney) mais au contraire à la répartition (à hauteur de 25%) dans tous les nouveaux quartiers. Cet essaimage de la pauvreté relative est sans nul doute souhaitable mais, en répartissant les logements sociaux sur tout le territoire, elle empêcher à l’avenir le gouvernement d’identifier sur la carte de nouveaux quartiers pauvres. Après tout, c’est peut-être tant mieux.

A.D. (20.6.2014)