La grande aventure du Transsibérien

Le Transsibérien ! Qui n’a pas rêvé de l’emprunter, de Moscou à Vladivostok ou Pékin, une fois au moins dans sa vie ? C’est ce second itinéraire, bifurquant à hauteur du lac Baïkal, que nous avons choisi d’emprunter, via la Mongolie, le désert de Gobi et la Grande Muraille.

Il existe un Transsibérien de luxe, réservé aux touristes et inaccessible aux voyageurs russes. Ce n’est évidemment pas à bord de ce bijou hors-sol que nous avons voyagé. D’ailleurs, le mot Transsibérien recouvre en réalité une profusion de lignes qui, passant pour l’essentiel par le même itinéraire, ne relient qu’une partie des 990 gares implantées sur plus de 9000 kilomètres. Seuls le Rossyia et le Sibir vont vraiment d’un bout à l’autre.

La construction du Transsibérien a été décidée en 1891 pour permettre de relier d’ouest en est les confins de l’empire russe. Plusieurs tronçons étaient déjà opérationnels avant la fin du XIXe siècle mais le premier convoi à effectuer le trajet complet a quitté Moscou le 5 octobre 1916 pour arriver à Vladivostok une dizaine de jours plus tard et… avec onze fuseaux horaires d’avance.

Lorsqu’on a choisi de faire plusieurs étapes pour découvrir les villes et villages émaillant la ligne, on change évidemment de train à chaque fois. Nous avons choisi de nous arrêter à Iekaterinbourg (où prit fin, dans le sang, l’histoire des tsars), Novossibirsk (où il ne faut rater sous aucun prétexte l’opéra et le musée des chemins de fer), Irkoutsk (sa maison des « décembristes », le souvenir de Michel Strogoff et un détour par le lac Baïkal), Oulan-Bator (capitale moche mais affectueuse de la Mongolie) et enfin Pékin, qu’on ne présente plus.

Première étape : de Moscou à Ekaterinbourg

Je n’ai pas que de bons souvenirs de Moscou. En 1971, poursuivi par les escouades du KGB, j’avais échappé de justesse à quatre ans de prison pour « espionnage », le terme utilisé pour une enquête journalistique non autorisée. Je n’y étais revenu qu’après la fin du communisme mais la brutalité et l’arrogances administratives n’avaient pas disparu. Une incursion dans le « vrai » pays (Souzdal, Vladimir, Nijni-Novgorod) m’avait un peu rassuré mais que je fus triste pour ce petit peuple méprisé et craintif, qui nous accueillait en famille, la peur au ventre.

Et me revoici à l’hôtel National, là où j’avais vécu confiné, les sbires à ma porte, des jours et des jours. J’aurais pu descendre dans un autre établissement mais j’ai tenu à revenir ici, de la même manière qu’on pose à nouveau la main sur le feu après s’y être brûlé.

Moscou, donc, et une visite presque touristique avant le grand départ, demain, à la gare Yaroslavl.

Deuxième étape : Ekaterinbourg

Après la révolution d’Octobre, le tsar Nicolas II et toute sa famille furent assassinés dans les caves de la villa Ipatiev, le 17 juillet 1918. Iakov Sverdlov, chef de la police politique, commandait le peloton d’exécution. Un titre de gloire pour le nouveau pouvoir soviétique, qui rebaptisa la ville « Sverdlovsk », en l’honneur du bourreau.          

Troisième étape: d’Ekaterinbourg à Novossibirsk

A 2800 km de Moscou, Novossibirsk fut fondée en 1893 près du pont du chemin de fer enjambant la rivière Ob. De 1893 jusqu’en 1925, elle se nomma Novonikolaïevsk, du nom du tsar Nicolas II de Russie. La cathédrale Saint-Alexandre-Nevski fut le premier bâtiment en pierre à y être construit, dès 1896.

Le plus grand opéra de Russie fait évidemment la renommée de Novossibirsk. Mais notre plus belle découverte aura été le petit musée des chemins de fer, dans cette ville qui est née, qui a grandi et qui continue de vivre grâce au Transsibérien.

Quatrième étape: de Novossibirsk à Irkoutsk

1400 km à l’est de Novossibirsk, voici Irkoutsk, surnommée « le petit Paris de la Sibérie », allez savoir pourquoi. Bien avant l’arrivée du Transsibérien, la ville abrita un important comptoir pour les fourrures prélevée sur la faune de zibelines et autres loutres par le petit peuple des Bouriates. On y exploita aussi l’or et l’ivoire de mammouth…

C’est à Irkoutsk que le tsar déporta prisonniers et opposants politiques, parmi lesquels les célèbres « décembristes », officiers libéraux qui avaient tenté de soulever, en 1825, la garnison de Saint-Pétersbourg. 

Mais, avant de bifurquer vers la Mongolie, comment faire étape à Irkoutk sans s’offrir un détour (55 km) jusqu’au lac Baïkal, le plus profond du monde, contenant la plus grande réserve d’eau douce de la planète ?

Cinquième étape : le lac Baïkal            

Plus grande réserve d’eau douce du monde (260 fois celle du Léman !), le lac Baïkal est surnommé « le Perle de la Sibérie ». C’est largement mérité.

L’embâcle de la glace immobilise le lac bien avant l’hiver et la débâcle n’intervient que six mois plus tard mais la pêche se pratique tout au long de l’année, même en hiver grâce à des trous forés dans la couche gelée, qui peut atteindre un mètre d’épaisseur. On pêchait et on pêche encore un peu d’esturgeon pour produire du caviar mais l’omoul, variété de truite spécifique au Baïkal, se déguste tiède et à peine fumée. Un vrai délice populaire.

Mais il est déjà temps de repartir plein sud, cap sur la Mongolie. A peine 500 km pour se rendre d’Irkoutsk à Oulan-Bator mais un véritable changement d’univers. Le Transsibérien, désormais dénommé Transmongolien, pénètre rapidement (enfin rapidement, c’est beaucoup dire) entre collines et montagnes décharnées. Oubliée la grande plaine russe. On change de pays, d’atmosphère aussi. Dans les wagons, de souriantes hôtesses mongoles remplacent agréablement leurs acariâtres collègues russes et, comme par enchantement, il est désormais autorisé d’ouvrir la fenêtre…

Sixième étape : Oulan-Bator et désert de Gobi

Encombrée, polluée et bruyante, la capitale mongole, Oulan-Bator, a été construite au temps du communisme selon les règles architecturales du communisme. Pas vraiment attrayant. Pourtant, l’atmosphère y est plus cordiale qu’en Russie. Parfois même affectueuse. J’y étais déjà venu, en route vers les grandes steppes. J’y suis revenu depuis lors. Je l’ai toujours détestée et aimée à la fois. J’y retournerais bien plus volontiers qu’à Moscou ou Pékin.

Quant au désert de Gobi, immensité ondulée et blanchâtre, il scintille jusqu’en pleine nuit dans un décor improbable et infini.

Septième étape : en route vers Pékin            

Le climat change. Ciel plombé de duvet gris à l’approche des villes, nuages de pollution plutôt que de pluie. Quelque part sur la gauche, on devine un instant les crêtes de la Grande Muraille. Et voici Pékin, le but du voyage. En comptant les différents arrêts, près de trois semaines depuis Moscou.

En 2014, il avait été question de remplacer le Transsibérien historique par un TGV qui couvrirait le trajet en deux jours. Depuis lors, tant mieux. Laissons les Sibériens voyager chez eux à bon marché et aux voyageur occidentaux le rêve d’une aventure à nulle autre pareille.

En marge de ce long voyage, quelques documents complémentaires :

Un hiver avec les nomades mongols (1997)

Les Bouriates, population originelle du Baïkal (2007)

Les jardins de Pékin (2007)

Pékin au quotidien (2007)

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